Poule C : un air de déjà-vu

Par Guy Jaures

Vingt-huit ans après le Mondial français de 1998, le Brésil, le Maroc et l’Écosse se retrouvent dans le même groupe de Coupe du monde. Un tableau nostalgique auquel s’ajoute Haïti, de retour sur la scène mondiale après cinquante-deux ans d’absence.


La Coupe du monde a ce don particulier de faire resurgir les souvenirs. Alors que l’édition 2026 marque l’entrée dans une nouvelle ère avec un format élargi à 48 équipes, le tirage au sort de la poule C a offert un clin d’œil inattendu à l’histoire. Comme lors du Mondial 1998 organisé en France, le Brésil, le Maroc et l’Écosse partageront de nouveau le même groupe. Seule la Norvège, quatrième membre de la poule A à l’époque, manque à l’appel. Elle est remplacée par Haïti, dont le retour en Coupe du monde constitue l’une des belles histoires de cette édition.

Le Brésil à la conquête d’une sixième étoile

Avec cinq titres mondiaux à son palmarès, le Brésil demeure la référence absolue du football international. La Seleção aborde cette Coupe du monde avec l’ambition clairement affichée de mettre fin à vingt-quatre années de disette et de décrocher une sixième étoile. Désormais dirigée par le technicien italien Carlo Ancelotti, entraîneur le plus titré de l’histoire de la Ligue des champions avec cinq sacres, la sélection brésilienne retrouve des terres qui lui ont souvent réussi. En 1970, au Mexique, l’équipe légendaire de Pelé remportait son troisième titre mondial. Vingt-quatre ans plus tard, aux États-Unis, la génération de Romário, Bebeto et Dunga ramenait le trophée à Rio après 24 ans d’attente. Le parallèle est frappant. Depuis son dernier sacre obtenu en 2002 en Corée du Sud et au Japon, le Brésil n’a jamais réussi à retrouver le sommet du football mondial. Sur les cinq dernières éditions, les Auriverde n’ont atteint qu’une seule fois le dernier carré, lors du traumatisant Mondial 2014 à domicile, conclu par la célèbre déroute face à l’Allemagne (1-7).

L’histoire plaide toutefois en leur faveur. En 1998, lorsque le Brésil avait partagé sa poule avec le Maroc et l’Écosse, il avait atteint la finale du tournoi. Cette fois, l’aventure débutera dès le 13 juin face aux Lions de l’Atlas, une équipe bien différente de celle affrontée il y a vingt-huit ans. Certes, cette Seleção ne suscite plus la même crainte que les générations précédentes. Mais entre l’expérience d’Ancelotti sur le banc et la volonté de revanche d’un Neymar déterminé malgré ses pépins physiques récurrents, le Brésil possède encore de solides arguments pour viser le titre mondial.

Le Maroc dans une autre dimension

Depuis son parcours historique au Qatar en 2022, le Maroc a changé de statut. Premier pays africain à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde, le royaume chérifien s’est clairement installé parmi les nations respectées du football mondial. Les Lions de l’Atlas disposent aujourd’hui d’un effectif particulièrement dense et expérimenté. Entre Noussair Mazraoui, Achraf Hakimi, Brahim Díaz ou encore plusieurs cadres évoluant dans les plus grands championnats européens, le Maroc présente l’un des groupes les plus compétitifs de son histoire. Le départ de Walid Regragui après la déception de la CAN 2025 disputée à domicile n’a pas freiné cette dynamique. Les ambitions demeurent intactes : confirmer le statut acquis au Qatar et viser une nouvelle performance majeure. Le premier test sera particulièrement relevé avec le Brésil dès la journée inaugurale. Une occasion idéale pour effacer le souvenir de la défaite 3-0 concédée lors du Mondial 1998. Les Marocains retrouveront ensuite l’Écosse, une sélection qu’ils avaient dominée 3-0 lors de leur dernière confrontation en Coupe du monde.

L’Écosse veut enfin franchir le premier obstacle

L’Écosse effectue son grand retour sur la scène mondiale après vingt-huit ans d’absence. Une attente interminable pour une nation historique du football européen. Pourtant, malgré huit participations à la Coupe du monde, le Tartan Army n’a jamais réussi à franchir le premier tour. Un constat qui constitue désormais la principale motivation de cette génération. Le nouveau format à 48 équipes pourrait offrir aux Écossais une opportunité inédite de briser cette malédiction. Emmenée par Scott McTominay et plusieurs joueurs rompus aux joutes de la Premier League, l’équipe britannique devra impérativement réussir son entrée face à Haïti avant d’aborder les rendez-vous décisifs contre le Maroc et le Brésil. Pour les Écossais, l’objectif est simple : écrire enfin une nouvelle page de leur histoire mondiale.

Haïti, l’espoir de tout un peuple

Parmi les histoires les plus marquantes de cette Coupe du monde 2026 figure sans aucun doute celle d’Haïti. Les Grenadiers retrouvent la compétition cinquante-deux ans après leur unique participation en 1974 en Allemagne de l’Ouest. Une qualification historique obtenue au terme d’un parcours remarquable sous la direction du technicien français Sébastien Migné. Au-delà du simple exploit sportif, cette présence au Mondial représente une source de fierté et d’espérance pour un peuple confronté depuis plusieurs années à une profonde crise sécuritaire et politique. Entre l’instabilité institutionnelle et l’emprise grandissante des groupes armés sur plusieurs régions du pays, le quotidien des Haïtiens reste particulièrement difficile. Dans ce contexte, la qualification de la sélection nationale apparaît comme une rare éclaircie. Une occasion de rassembler toute une nation derrière son équipe. Lors de leur unique participation mondiale, les Haïtiens avaient subi trois défaites contre l’Italie, l’Argentine et l’Allemagne de l’Ouest, cette dernière leur infligeant un lourd revers (7-1).
Portés aujourd’hui par une génération ambitieuse et par leur attaquant vedette Wilson Isidor, les Grenadiers rêvent d’écrire une histoire différente. Dans un groupe où les favoris sont clairement identifiés, Haïti espère jouer le rôle de trouble-fête et créer l’une des surprises du tournoi.

Une poule entre nostalgie et ambitions

Entre le Brésil en quête d’un sixième titre mondial, le Maroc désireux de confirmer son changement de dimension, l’Écosse déterminée à briser une malédiction historique et Haïti portée par tout un peuple, cette poule C offre un mélange unique d’histoire, d’émotion et d’ambition. Vingt-huit ans après les retrouvailles de 1998, le décor est familier. Mais les enjeux, eux, n’ont jamais été aussi grands.

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