CAN féminine 2026 : des réglages encore nécessaires pour rêver plus grand

Par Guy Jaures

Premières de leur groupe pour leur retour à la Coupe d’Afrique des Nations après douze ans d’absence, les Éléphantes ont déjà dépassé les attentes. Mais pour poursuivre leur aventure marocaine, elles devront gommer certaines imperfections.

On serait tenté de dire qu’il ne faut pas trop en demander aux Éléphantes au regard de ce qu’elles réalisent depuis le début de cette Coupe d’Afrique des Nations 2026. Lorsqu’on connaît les circonstances de leur présence au Maroc, leur parcours a déjà des allures de réussite. Absente de la CAN féminine depuis 2014, où elle avait atteint les demi-finales, la Côte d’Ivoire n’avait une nouvelle fois pas réussi à décrocher sa qualification sur le terrain. Éliminées par le Sénégal lors des éliminatoires, les Ivoiriennes semblaient condamnées à suivre la compétition à distance. Mais la décision de la Confédération Africaine de Football (CAF) d’élargir le tournoi de douze à seize équipes a rebattu les cartes. Cette réforme, destinée à offrir une meilleure représentativité au football féminin africain, a permis à la Côte d’Ivoire de prendre part à cette 14ᵉ édition. Dans ces conditions, la logique voudrait que l’on ne soit pas trop exigeant envers une équipe repêchée.

Pourtant, au regard de la qualité de l’effectif et des moyens investis ces derniers mois par la Fédération Ivoirienne de Football, il est légitime d’attendre davantage. Entre les multiples stages de préparation, l’arrivée de Reynald Pedros et de son staff, ainsi que la présence de nombreuses joueuses évoluant dans des championnats européens, les Éléphantes disposent aujourd’hui d’arguments pour rivaliser avec les meilleures nations africaines. Et elles le démontrent depuis le début de la compétition. Si quelqu’un avait affirmé, il y a encore quelques semaines, que la Côte d’Ivoire terminerait devant l’Afrique du Sud, cador continental, Reynald Pedros lui-même aurait probablement eu du mal à y croire. Pourtant, les Éléphantes ont réalisé une phase de groupes remarquable. Invaincues, elles ont enregistré deux victoires et un match nul pour terminer en tête du groupe B avec 7 points et une différence de buts de +4.
Les résultats sont excellents, mais le contenu des matchs laisse encore apparaître quelques insuffisances. Dès la première journée, les Ivoiriennes ont largement dominé le Burkina Faso (4-1). Un succès convaincant qui n’a toutefois pas totalement rassuré. Malgré leur infériorité numérique, les Étalons Dames sont parvenues à mettre en difficulté la défense ivoirienne et à sauver l’honneur, profitant d’un certain relâchement des joueuses de Reynald Pedros. Le même scénario s’est répété face à l’Afrique du Sud. Alors qu’elles maîtrisaient parfaitement leur sujet et menaient 2-0, les Éléphantes ont laissé leur adversaire revenir dans les derniers instants pour arracher le match nul (2-2). Une rencontre qui a mis en évidence des difficultés à gérer les temps faibles et à conserver un avantage pourtant confortable. Le troisième match n’a pas totalement dissipé ces interrogations. Face à la Tanzanie, les Ivoiriennes ont une nouvelle fois rapidement pris les devants grâce aux réalisations d’Inès Konan et de Safi Ouédraogo. Mais après cette entame idéale, l’équipe a encore baissé d’intensité. Des occasions franches n’ont pas été converties, tandis qu’un manque de concentration a permis aux Tanzaniennes de réduire l’écart. Une victoire 2-1 suffisante pour conserver la première place du groupe, mais qui laisse un sentiment d’inachevé.

Au terme du premier tour, les chiffres restent très encourageants. Avec 8 buts inscrits, la Côte d’Ivoire possède l’une des meilleures attaques de la compétition. En revanche, les 4 buts encaissés en 3 rencontres montrent que le secteur défensif demeure perfectible. Plus inquiétant encore, les Éléphantes n’ont réussi à conserver leur cage inviolée dans aucun de leurs matchs. Reynald Pedros ne s’y est d’ailleurs pas trompé. À plusieurs reprises, le sélectionneur français a exprimé son mécontentement après les erreurs défensives de son équipe. Il sait que les rencontres à élimination directe ne laisseront aucune place aux approximations.

Les Éléphantes ont déjà réussi leur retour sur la scène continentale. Elles ont retrouvé de la crédibilité et redonné de l’espoir au football féminin ivoirien. Désormais, un nouveau défi les attend. Pour décrocher une place dans le dernier carré, ce samedi à 17 heures, face à l’Algérie, elles devront conserver leurs qualités offensives tout en affichant davantage de rigueur et de concentration. Car à ce niveau de la compétition, le moindre détail peut faire basculer un destin. * Le destin est une 2e qualification en Coupe du monde, 12 ans après celle de 2015 et pour y arriver, il faut être en demi-finale pour faire partir des 4 représentants du continent*

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