Candidat unique à sa propre succession, Yacine Idriss Diallo a officiellement lancé sa campagne pour un second mandat à la tête de la Fédération Ivoirienne de Football. Entre bilan, nouvelles ambitions et hausse significative des subventions, le président sortant veut désormais « Transformer, pour durer ».
Quatre ans après son élection à la tête de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), Yacine Idriss Diallo est de nouveau en campagne. Et comme en 2022, c’est à l’Hôtel Ivoire, à Abidjan, que le président de la maison de verre de Treichville a choisi de lancer officiellement sa candidature. Mais le contexte est cette fois radicalement différent. En 2022, Idriss Diallo s’était présenté comme un outsider crédible face à deux autres candidats, feu Sory Diabaté et Didier Drogba. Une élection particulièrement disputée, qui s’était achevée au second tour à Yamoussoukro par une victoire de l’actuel président, avec seulement une voix d’écart face à Sory Diabaté. En 2026, le rapport de force n’est plus le même. Le patron de la FIF aborde cette nouvelle échéance avec beaucoup plus de sérénité. Aucun autre candidat n’a finalement réussi à aller au bout de la démarche. L’élection devrait donc davantage ressembler à un plébiscite qu’à une véritable bataille électorale.
Idriss Diallo et Malick Tohé, la réconciliation avant la campagne
Parmi ceux qui avaient un temps envisagé de challenger le président sortant figurait notamment son propre vice-président chargé du marketing, Malick Tohé. Des divergences entre les deux hommes avaient alimenté les spéculations sur une éventuelle candidature de l’homme d’affaires. Mais la rupture n’a finalement pas eu lieu. Au terme de plusieurs médiations et négociations, les deux hommes ont décidé de préserver leur longue relation et de mettre leurs divergences de côté pour poursuivre l’aventure ensemble. Désormais coordinateur de la campagne d’Idriss Diallo, Malick Tohé a reconnu publiquement l’existence de ces désaccords, tout en insistant sur ce qui rassemble les deux hommes. « Le football ivoirien n’a pas besoin de guerre fratricide. Nous avons eu des divergences d’idées avec Idriss Diallo. C’est ça la vie. Et au fond, c’est une bonne chose. Ce qui nous rassemble est infiniment plus grand… Nous avons passé un accord. Oui. Celui de fédérer nos énergies pour conduire le football ivoirien vers de nouveaux sommets. » Une réconciliation qui permet donc au camp Idriss Diallo de partir uni à la conquête de ce second mandat.
« Ce mandat doit être plus attentif au football local »
Avec une réélection qui semble désormais largement promise, l’enjeu sera surtout de respecter les engagements pris et les accords conclus. Le deuxième mandat sera également celui des attentes, notamment autour du développement du football local. Le PCA du COK Korhogo, présentant officiellement la candidature d’Idriss Diallo, a clairement fixé cette exigence : « Ce mandat doit être plus attentif au football local. Je n’ai pas de doute que nous réaliserons cette vision. » Le président sortant sait donc qu’il sera particulièrement attendu. S’il a réussi, durant son premier mandat, à ramener la stabilité au sein de la FIF et à contenir les différentes contestations, il mesure également l’obligation de résultats qui accompagne désormais son statut.
Un premier mandat placé sous le signe du rassemblement
Avant de présenter son nouveau projet, Idriss Diallo a naturellement défendu son bilan. Il a notamment rappelé les conditions dans lesquelles il avait pris les commandes de la FIF en avril 2022. « En avril 2022, vous m’aviez accordé votre confiance pour conduire la Fédération Ivoirienne de Football dans une période particulièrement difficile. Le football sortait d’une période troublante. Notre institution avait besoin de stabilité. Notre football avait besoin d’accompagnement. Le football avait besoin de retrouver la confiance, de retrouver de la cohésion et de l’ambition. » Son premier mandat avait été placé sous le slogan « Rassembler et développer ». Selon lui, la mission a été accomplie grâce au dialogue renoué avec les différents acteurs du football ivoirien. Sur le plan sportif, le président sortant met notamment en avant le sacre des Éléphants à la CAN 2023, ainsi qu’une nouvelle participation de la Côte d’Ivoire à la Coupe du monde. Il cite également les avancées enregistrées dans le football féminin, le développement des sélections de jeunes, ainsi que la formation des entraîneurs et des arbitres.
« Transformer, pour durer », le nouveau pacte d’Idriss Diallo
Après le rassemblement, place désormais à la transformation. Pour son deuxième mandat, le candidat unique propose un nouveau pacte aux membres actifs du football ivoirien : « Transformer, pour durer ». Une ambition qui doit, selon lui, permettre de consolider les acquis tout en préparant l’avenir. « Ce soir, je viens vous présenter une ambition. Une ambition pour nos rêves, une ambition pour nos compétitions, une ambition pour nos jeunes qui constituent l’avenir de notre pays, une ambition pour nos filles, une ambition pour notre génération, une ambition pour nos élections, une ambition pour tout le peuple ivoirien. Cette ambition a un nom. Un nom que nous lui avons donné : “Transformer, pour durer”. » Idriss Diallo veut notamment poursuivre la modernisation du football ivoirien à travers plusieurs axes.
Il annonce ainsi le renforcement de la Direction Technique Nationale dans les régions, le développement des compétences des jeunes et la transformation du professionnalisme, avec des championnats qu’il souhaite plus attractifs, mieux organisés et plus compétitifs. Le projet prévoit également une meilleure expérience pour les supporters, la modernisation de la billetterie, le renforcement de la sécurité et une amélioration des infrastructures. Autre annonce forte : la création d’une télévision web destinée à promouvoir le football ivoirien, ainsi que la modernisation de la communication de la FIF afin de rapprocher davantage les populations du football. La Fédération elle-même devra également poursuivre sa transformation pour devenir, selon le candidat, « une institution moderne, dynamique et plus performante ».
Toutes ces ambitions doivent s’inscrire dans le Plan Football Côte d’Ivoire 2030, présenté comme la feuille de route à long terme du football national. « Parce que le grand football ne se construit pas au hasard. Il se construit avec une vision, avec une méthode, avec des objectifs et avec de la confiance. » Dans cette volonté d’associer davantage les différents acteurs, Idriss Diallo annonce également l’organisation des États généraux du football ivoirien, afin de donner la parole à l’ensemble de la famille du football.
Les subventions des clubs revues fortement à la hausse
Mais la première mesure forte annoncée par le probable futur président de la FIF concerne directement les clubs et les groupements d’intérêt. Idriss Diallo a promis une augmentation significative des subventions annuelles à partir de son prochain mandat. La Ligue 1 passera ainsi de 100 à 140 millions de francs CFA, tandis que la Ligue 2 verra sa subvention passer de 50 à 70 millions de francs CFA. En Division 3, les clubs bénéficieront désormais de 40 millions de francs CFA, contre 30 millions auparavant. La Division 1 féminine passera de 10 à 15 millions de francs CFA, tandis que les groupements d’intérêt verront leur enveloppe passer de 15 à 20 millions de francs CFA. Le candidat a également replacé ces chiffres dans une perspective plus large, en comparant les montants actuels à ceux qui étaient en vigueur avant son arrivée à la tête de la FIF. « Avant 2022, les subventions de la Ligue 1 étaient de 75 millions de francs CFA. Aujourd’hui, elles passeront à 140 millions de francs CFA, soit une progression significative. En Ligue 2, la subvention était de 30 millions de francs CFA. Elle passera désormais à 70 millions de francs CFA, soit une hausse de plus de 100 %. Pour la Division 3, elle était de 15 millions de francs CFA. Nous allons désormais la porter à 40 millions de francs CFA, soit également une progression de plus de 100 %. »
Une annonce qui devrait être particulièrement appréciée par les clubs, dont plusieurs réclamaient depuis longtemps une revalorisation de leur accompagnement financier à hauteur de 300 millions pour les clubs de Ligue 1, notamment après les importantes ressources générées par les succès de la Côte d’Ivoire à la CAN 2023 et sa participation au Mondial 2026, avec respectivement 8 milliards et 8 milliards de francs CFA évoqués.
Des subventions, mais surtout des clubs plus solides
Pour Yacine Idriss Diallo, toutefois, l’augmentation des subventions ne peut constituer une finalité en soi. Le véritable défi sera désormais d’aider les clubs à se structurer et à devenir progressivement autonomes. L’ancien dirigeant de l’Afad-Plateau estime que la FIF continuera à faire des efforts dans l’accompagnement des clubs, mais que ces derniers devront également prendre leurs responsabilités. Le président sortant prévient ainsi que si, en 2030, le football ivoirien doit encore avoir pour principale revendication l’augmentation des subventions, cela constituerait un échec collectif. L’objectif est donc de faire de ces ressources un levier de professionnalisation et de structuration. « Nous avons de bons clubs qui existent déjà, mais trop souvent, leurs résultats ne sont pas encore à la hauteur de leur potentiel. Il faut que ceux qui réussissent servent d’exemple, afin que tous ensemble, nous puissions faire évoluer notre football. L’objectif, ce n’est pas seulement d’augmenter les subventions, c’est de faire en sorte que nos clubs deviennent de véritables institutions sportives, solides, professionnelles et capables de porter durablement les ambitions du football ivoirien. »
C’est donc avec un bilan à défendre, des promesses à tenir et surtout une nouvelle vision à mettre en œuvre qu’Idriss Diallo a lancé sa campagne. Sans véritable adversaire face à lui, le président sortant semble bien parti pour obtenir un second mandat. Mais cette fois, le véritable verdict ne sera pas celui des urnes : il se mesurera aux résultats de la transformation promise à l’horizon 2030.