Réunis au sein du Groupe Solidarité, plusieurs présidents de fédérations sportives ont dénoncé de graves dysfonctionnements au sein du Comité National Olympique de Côte d’Ivoire (CNO-CIV) et appelé au respect des statuts à l’approche des élections prévues le 30 avril 2026, au cours d’une nouvelle conférence de presse, ce mercredi 11 mars.

Un collectif de fédérations tire la sonnette d’alarme
Le ton monte à nouveau au Comité National Olympique de Côte d’Ivoire (CNO-CIV). Lors d’une conférence de presse, le collectif baptisé Groupe Solidarité, regroupant plus d’une quinzaine de fédérations sportives, a exprimé de vives préoccupations concernant la gouvernance du Comité National Olympique de Côte d’Ivoire.
Face aux journalistes, les responsables fédéraux ont indiqué vouloir alerter l’opinion publique et les autorités sportives sur ce qu’ils considèrent comme de graves dysfonctionnements susceptibles de compromettre le développement du sport ivoirien.
Selon eux, l’instance olympique nationale serait progressivement devenue une structure fermée, éloignée des préoccupations des fédérations qui en constituent pourtant la base.
« Nous faisons le constat amer d’un Comité national olympique qui s’est transformé en une citadelle opaque, sourde aux aspirations de sa propre base », ont déclaré les membres du collectif.
Des griefs multiples contre la gouvernance actuelle
Au cours de cette conférence de presse, le collectif a détaillé plusieurs reproches adressés à la direction actuelle du CNO-CIV.
Le premier point concerne l’organisation de la dernière Assemblée Générale Ordinaire tenue en décembre 2025, que les fédérations contestataires jugent entachée d’irrégularités.
Selon elles, cette AGO se serait déroulée dans un climat d’exclusion, certaines fédérations estimant que les conditions de quorum n’auraient pas été clairement établies.
Autre sujet de préoccupation : le budget 2026 du CNO-CIV, évalué à environ 2,1 milliards de FCFA. Les membres du collectif dénoncent un manque de transparence dans la répartition de ces ressources.
« Aucun détail n’a été fourni sur la répartition réelle des fonds. Nous dénonçons une gestion budgétaire discrétionnaire », ont-ils affirmé.
Ils estiment que ces ressources devraient être prioritairement orientées vers la préparation technique des athlètes plutôt que vers d’autres objectifs.
La question sensible des bourses olympiques
Le collectif s’est également insurgé contre ce qu’il qualifie de clientélisme dans l’attribution des bourses olympiques, notamment celles destinées à préparer les athlètes aux Jeux olympiques d’été de 2028 à Los Angeles. Selon les responsables présents, les critères d’attribution de ces bourses restent flous et certaines fédérations performantes se sentiraient injustement écartées.
Ils dénoncent également une violation répétée des statuts, reprochant au secrétariat général du CNO-CIV de ne pas transmettre certains documents essentiels, notamment les rapports moraux et financiers, dans les délais prévus.
Pour le collectif, cette situation constitue une entorse grave au droit d’information des membres.
Un fossé grandissant avec les fédérations
Au-delà de ces critiques, les présidents de fédérations estiment que le CNO-CIV s’est progressivement éloigné de sa base. Ils soulignent notamment que près de la moitié des fédérations sportives seraient aujourd’hui en conflit ouvert avec l’instance, ce qu’ils considèrent comme le signe d’un profond malaise. Certains responsables dénoncent également des propos jugés condescendants à l’égard de dirigeants sportifs, ce qui aurait contribué à détériorer le climat de confiance.
« Un CNO tire sa force des fédérations qui le composent. Aujourd’hui, cette relation semble rompue », ont-ils indiqué.
Une controverse autour de la gestion de la solidarité olympique
Au cours des échanges, un responsable fédéral a également pointé du doigt la gestion des ressources issues de la solidarité olympique, un mécanisme international destiné à soutenir le développement du sport. Selon lui, ces programmes permettent notamment de financer la formation des entraîneurs, les bourses des athlètes ou encore des projets de développement sportif, pour des montants estimés à près de 250 millions de FCFA par an.
Il affirme cependant que certains projets validés n’auraient pas reçu l’intégralité des financements prévus. À titre d’exemple, il a évoqué un projet destiné à soutenir les jeunes athlètes en vue des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.
« La solidarité olympique avait validé ce projet à hauteur de 15 millions de FCFA. Mais nous n’avons reçu qu’une partie des fonds », a-t-il déclaré.
Les élections du CNO-CIV en ligne de mire
Au cœur des tensions figure également la prochaine élection à la présidence du Comité National Olympique de Côte d’Ivoire. Selon les informations communiquées lors de la conférence, le scrutin est prévu pour le 30 avril 2026, une date qui correspond au cycle électoral habituel de l’institution.
Le collège électoral devrait être composé de 27 fédérations olympiques, deux membres individuels et deux représentants des athlètes, soit un total de 31 votants. Toutefois, la question de la participation de certaines fédérations, annoncées comme suspendues par le CNO-CIV, a suscité des interrogations.
Le porte-parole du collectif affirme que ces suspensions ne sont pas juridiquement valides, faute de validation par l’Assemblée générale. « À ce jour, aucune fédération n’a été officiellement exclue. Les statuts sont clairs : seule l’Assemblée générale peut prendre une telle décision », ont-ils rappelé.
Un appel au dialogue et à la transparence
Malgré les tensions, les membres du Groupe Solidarité affirment ne pas vouloir engager un bras de fer personnel avec les dirigeants du CNO-CIV. Ils se disent favorables à un dialogue visant à apaiser les relations et à garantir un processus électoral transparent. « Nous ne sommes pas ici pour une querelle de personnes. Nous voulons simplement le respect des statuts, la transparence des comptes et la sincérité du processus électoral », ont-ils insisté.
Le collectif affirme également vouloir participer pleinement aux élections et présenter, le moment venu, des candidats capables de porter un projet pour le développement du mouvement olympique ivoirien.
Le rôle de la tutelle étatique
Interrogés sur leurs relations avec les autorités publiques, les responsables fédéraux ont indiqué agir dans le respect des institutions.
Ils rappellent que le sport ivoirien demeure placé sous la tutelle du ministère en charge des Sports, tout en soulignant leur volonté de préserver l’autonomie du mouvement sportif.
Pour le collectif, l’enjeu dépasse les rivalités internes et concerne l’avenir du sport ivoirien et la crédibilité de l’olympisme national.
À l’approche des élections d’avril 2026, cette crise interne au sein du mouvement olympique ivoirien pourrait donc peser sur la stabilité et la gouvernance du sport en Côte d’Ivoire.