Kick-boxing : comment la Côte d’Ivoire a été reconnue par la WAKO grâce au combat de Parfait Doukrou

Par Guy Jaures

En 2013, Parfait Doukrou a permis à la Côte d’Ivoire d’intégrer officiellement le concert des nations du kick-boxing mondial, au terme d’une aventure marquée par le sacrifice, la détermination et la passion.


Tout a commencé après son sacre au tournoi Bigze en 2012. Champion d’Afrique de kick-boxing, Parfait Doukrou est encouragé par son entraîneur Frank Lobman, triple champion du monde et 17 fois champion d’Europe de kick-boxing et de Muay-thaï, à participer au championnat du monde de kick-boxing organisé à São Paulo, au Brésil. Malgré des moyens financiers limités, le combattant ivoirien décide de tenter l’aventure. Pour rejoindre le Brésil, il débourse environ 1,5 million de FCFA pour son billet d’avion. Un investissement consenti uniquement par amour du kick-boxing et pour défendre les couleurs de la Côte d’Ivoire. Après près de 14 heures de voyage, Parfait Doukrou découvre cependant une réalité bien différente de celle des autres délégations. Alors que plusieurs athlètes sont logés dans des hôtels quatre ou cinq étoiles, l’Ivoirien trouve refuge dans un gymnase de Guarujá, où il dort à même le tatami. Pour se nourrir durant son séjour, il se contente de boîtes de conserve et de pain. Mais le plus difficile reste à venir.

Lors de la journée consacrée aux inscriptions et à la vérification des participants, il apprend qu’il ne peut pas prendre part à la compétition. La raison : la Côte d’Ivoire n’est pas encore reconnue comme membre de la WAKO, l’Association mondiale des organisations de kick-boxing. Une solution lui est alors proposée : contacter le ministre ivoirien des Sports afin qu’il prenne l’engagement de régler les frais d’affiliation de la Côte d’Ivoire. Problème, Parfait Doukrou ne dispose pas du numéro du ministre. À quelques heures de la clôture des inscriptions, son rêve de combattre semble alors sérieusement compromis. Mais l’Ivoirien refuse d’abandonner

Avec sa corde à sauter, il se met à s’entraîner dans le hall des combats, au milieu des délégations et des responsables de la WAKO. Pendant près d’une heure, il enchaîne les exercices, affichant une détermination qui finit par attirer l’attention des dirigeants de l’organisation. Deux responsables de la WAKO, le vice-président Espen Lund et Nasser, viennent à sa rencontre et lui demandent s’il souhaite toujours participer à la compétition. Sa réponse est sans équivoque : oui.
Les responsables de l’organisation lui proposent alors une aide de 600 euros destinée à couvrir ses frais de participation. En contrepartie, Doukrou doit signer une lettre reconnaissant avoir reçu cette subvention au nom de la Côte d’Ivoire, pour contribuer au développement du kick-boxing dans son pays.


Cette décision marque un tournant historique. À travers cette aide et son engagement, la Côte d’Ivoire est officiellement reconnue dans le circuit mondial de la WAKO et peut désormais être représentée lors de cette compétition internationale. Parfait Doukrou peut enfin monter sur le ring avec le drapeau ivoirien.
Son parcours s’arrête en quarts de finale. Mais pour le Grand Maître, cette élimination sportive passe presque au second plan. La véritable victoire se trouve ailleurs : pour la première fois, l’hymne national et le drapeau de la Côte d’Ivoire ont leur place dans le concert des nations du kick-boxing mondial.

Des années plus tard, Parfait Doukrou revient sur cet épisode qu’il considère comme une page importante de l’histoire du kick-boxing ivoirien. Il estime nécessaire de transmettre ce récit aux générations actuelles et futures afin que les sacrifices consentis par les pionniers ne soient pas oubliés. « Tout ce qui existe a une histoire », rappelle-t-il, convaincu que la connaissance du passé doit permettre aux générations présentes de mieux construire l’avenir. L’homme qui, en 2013, dormait sur un tatami et se nourrissait de pain et de conserves pour représenter son pays garde surtout en mémoire une image : celle du drapeau orange, blanc et vert flottant enfin parmi les grandes nations du kick-boxing.

Une victoire symbolique bien plus importante, à ses yeux, que celle qu’il aurait pu décrocher sur le ring.

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