Finale : le Sénégal de nouveau roi d’Afrique

Par Guy Jaures

Au terme d’une finale irrespirable et riche en rebondissements, le Sénégal a reconquis le trône continental en dominant le Maroc (1-0) après prolongation. Un deuxième sacre pour les Lions de la Teranga, qui propulse leur sélectionneur Pape Thiaw dans l’histoire du football africain.

Une finale dramatique et historique

La finale de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations restera comme l’une des plus intenses de l’histoire récente de la compétition. Pour la première fois, le Maroc et le Sénégal se retrouvaient face à face à ce stade de la CAN. Une affiche de rêve entre le premier africain au classement FIFA et son dauphin, les deux formations les plus solides du tournoi. Dans un stade Prince Moulay Abdellah de Rabat acquis majoritairement à la cause des Lions de l’Atlas, devant plus de 66.000 spectateurs, les deux sélections ont livré un combat de très haut niveau. Intensité, engagement, occasions et tension extrême : tous les ingrédients d’une grande finale étaient réunis. Mais cette rencontre a aussi basculé dans le dramatique, marquée par des décisions arbitrales très contestées et des scènes de tension, aussi bien sur la pelouse que dans les tribunes. À plusieurs reprises, la nervosité a gagné joueurs, staffs et supporters, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre et provoquant même le départ anticipé de certains journalistes avant le coup de sifflet final. Si l’émotion a traversé les deux camps, elle a été particulièrement cruelle pour le peuple marocain, qui rêvait d’un sacre à domicile, 50 ans après le premier et unique titre continental.

Le malheureux Diaz

Le contexte était lourd d’enjeux. Le Maroc, pays hôte pour la première fois depuis 1988 et finaliste malheureux en 2004, espérait décrocher une deuxième étoile tant attendue. En face, le Sénégal, déjà sacré en 2021 au Cameroun, courait lui aussi après un deuxième trophée pour confirmer son statut de référence du football africain. Fidèles à leur identité, les deux équipes ont cherché à confisquer le ballon. À l’issue de la rencontre, la possession était parfaitement équilibrée (50%-50%). Chacune a connu ses temps forts et ses occasions. Le Sénégal se montrait dangereux dès la 5e minute sur une tête de Pape Gueye, brillamment repoussée par Yacine Bono. La réponse marocaine venait de Saibari (14e), puis d’Aguerd, dont la tête frôlait le cadre. À la 38e minute, Ilymane Ndiaye, idéalement servi par Nicolas Jackson, butait à son tour sur un Bono impérial.
En seconde période, le rythme montait encore d’un cran. El Kaabi manquait l’ouverture du score à la 58e minute face à Édouard Mendy. Brahim Diaz et Ezzalzouli échouaient à leur tour, tandis qu’Ibrahim Ndiaye, côté sénégalais, laissait filer une énorme occasion à la 90e. Puis venait le tournant du match. À la 90+3, un but d’Ismaïla Sarr était refusé pour une faute jugée inexistante sur Hakimi. Dans la foulée, la VAR signalait un contact entre Kalidou Diouf et Brahim Diaz dans la surface sénégalaise. Le penalty accordé par l’arbitre Ndala Ngambo provoquait une vive colère des Lions de la Teranga, au point que Pape Thiaw demandait à ses joueurs de quitter la pelouse. Il fallut tout le leadership de Sadio Mané, appuyé par le capitaine Idrissa Gana Gueye, pour ramener le calme et convaincre ses coéquipiers de reprendre le jeu. Brahim Diaz, meilleur buteur du tournoi avec cinq réalisations, avait alors l’occasion de devenir le héros du Maroc. Mais sa panenka, totalement manquée, était facilement captée par Édouard Mendy, faisant basculer l’émotion dans l’autre camp.

Édouard Mendy et Pape Gueye, héros d’une nuit mémorable

Ce penalty raté marquait un tournant psychologique. Le Sénégal, qui se voyait en enfer quelques minutes plus tôt, retrouvait confiance. Les supporters sénégalais reprenaient espoir, tandis que le doute s’installait dans les rangs marocains. Dès le début de la prolongation, les Lions de la Teranga frappaient. À la suite d’une récupération haute de Sadio Mané, Pape Gueye décochait une frappe puissante du gauche (94e) qui laissait Bono sans réaction. Un but libérateur, symbole de la résilience sénégalaise. Le Sénégal aurait même pu tuer le match, mais Chérif Ndiaye manquait de réalisme à deux reprises (111e), et Bono sauvait encore son équipe face à une nouvelle tentative de Pape Gueye (116e). Malgré une pression marocaine constante en fin de match, les Lions de l’Atlas ne parvenaient jamais à revenir au score. Sous une fine pluie, les larmes coulaient : de joie côté sénégalais, de douleur côté marocain, inconsolable après ce rêve brisé à domicile.

Pape Thiaw, l’homme de la confirmation

Au coup de sifflet final, le Sénégal inscrivait son nom au palmarès continental pour la deuxième fois de son histoire. Un sacre d’autant plus remarquable que les Lions avaient été éliminés dès les huitièmes de finale lors de la précédente édition par la Côte d’Ivoire. En quatre CAN, ils ont disputé trois finales, confirmant une constance exceptionnelle au plus haut niveau. Invaincu en sept matchs, le Sénégal a impressionné par sa solidité mentale, sa maîtrise tactique et son talent individuel. Élu meilleur joueur du tournoi, Sadio Mané a incarné ce leadership qui a permis aux siens de surmonter l’Égypte en demi-finale, puis le pays hôte en finale, malgré un contexte organisationnel tendu.
Ce sacre consacre surtout le travail de Pape Thiaw. Nommé sélectionneur le 13 décembre 2024 après le départ d’Aliou Cissé, l’ancien international sénégalais a insufflé une nouvelle dynamique à l’équipe. Qualifié pour la Coupe du monde 2026, puis vainqueur de la CAN, il confirme son ascension, quatre ans après avoir remporté le CHAN en Algérie. À Rabat, le Sénégal n’a pas seulement gagné une finale. Il a affirmé sa place sur le toit de l’Afrique.

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